Introspection

Publié le par Pascal

J’ai passé une très mauvaise semaine. Et le pire, c’est que je ne sais pas vraiment pourquoi. Ça ne vous est jamais arrivé, à vous, de vous sentir mal tout à coup, sans savoir pourquoi. Bien sûr, on a tous quelques petits tracas. Mais pas de quoi casser une patte à un canard. (Que les amis des animaux se rassurent, finalement, aucun canard n’a souffert !)

Le Spleen. Un état de profonde déprime. Baudelaire n’a qu’à bien se tenir. Si j’avais été poète, j’aurais peut-être écrit une grande œuvre cette semaine… Bref, gros coup de mou. Heureusement, j’ai ma petite pilule bleue. Elle est un peu bizarre, avec ses deux roues, sa selle, et quelques autres accessoires. Mais elle fonctionne à merveille. Prise sous l’influence de mon GCMC (ceux qui ne suivent pas ont qu’à demander aux autres pour la signification), elle se révèle radicale ! Je ne sais pas si l’explication est physiologique (genre tout le sang est concentré dans les jambes, le cerveau n’est plus irrigué, donc je ne réfléchis plus… Mouais, pour les médecins qui lisent ceci, ça fait un peu explication de littéraire ça, non ? :0009: ) mais en tous cas, le résultat est là.

Pourquoi allais-je si mal ? J’ai plusieurs idées à cela. Attendez, je me couche sur le divan et je vous raconte tout ça.

Première explication : je vais très bien. Oui, je sais, c’est complètement paradoxal. Mais voilà ma théorie. Depuis quelques semaines, je peux dire que tout va mieux du point de vue de la maladie. Les résultats des scanners de mi-parcours sont plus qu’encourageants. Je souffre beaucoup moins depuis deux chimios. Je refais du sport à doses de plus en plus grandes. Je travaille une semaine sur deux. Etcetera, etcetera… L’état d’esprit combatif dans lequel j’étais lorsque je vivais mal mon traitement n’a donc plus lieu d’être. Quelque part, je n’ai plus d’adversaire… Ça me fait penser à un bouquin d’Amélie Nothomb (Le Sabotage Amoureux) où elle explique sa théorie selon laquelle « sans ennemi, l’être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d’ennui. […] Sa simple existence [celle de l’ennemi] suffit à dynamiser l’être humain » Et si c’était vrai ? Serais-je entrain d’en faire l’expérience ? Mais alors, me direz-vous, pourquoi me sens-je bien maintenant ? Rien n’a changé, je n’ai pas de gros ganglion qui a poussé ce week-end, pas d’infection nécessitant une hospitalisation, rien. Eh bien, vous répondrai-je, j’ai trouvé un nouvel ennemi, la douleur physique dans l’effort. La poitrine qui brûle, les muscles qui tétanisent… Je sais, c’est bancal. Mais c’est tout ce que j’ai trouvé.

Deuxième explication, un peu plus tragique : j’ai vu ma mère revivre. La semaine dernière, j’ai vu une vidéo de l’année dernière sur laquelle elle apparaît. Je l’ai vue parler. J’ai entendu sa voix. Je l’ai vue revivre. Et je crois que dans mon cas, ça a été une grosse erreur de la regarder. Une partie de mon travail de deuil s’est écroulée. J’ai reculé, je suis revenu quelques mois en arrière. J’ai beaucoup de photos d’elles, sur les murs de ma chambre, sur ma table de nuit, etc. Mais une photo, c’est figé. Une photo m’aide. Je peux me dire, en la regardant : « oui, elle est partie, c’est fini, il faut que je fasse avec. » Mais là, je l’ai vue se mouvoir et parler. Plein de souvenirs se sont réveillé, et des questions sans réponses que j’avais réussies à enterrer se sont rappelées à moi (pourquoi elle, pourquoi nous, etc…) Non pas que je veuille l’oublier, au contraire. Mais me rappeler d’elle, c’est aussi me dire qu’elle n’est plus là, que tout est terminé, que plus jamais je ne la reverrai et je ne lui reparlerai. Et les vidéos ne m’aident pas dans ce sens.

Troisième explication : quelques soucis intra-familiaux mineurs sur lesquelles je ne m’étendrai pas.

Voilà, après réflexion et discussion avec mon entourage, trois pistes qui peuvent expliquer ce spleen soudain et apparemment sans raison. Mais pourquoi en parler ici ?

Parce que ça me fait du bien. Ecrire et être lu, quel excellent exutoire. Mais ça, je l’ai déjà dit. Et puis aussi pour apporter ces petites expériences de rien du tout au plus grand nombre. Mais ça, je l’ai aussi déjà dit.

Pour conclure, je tenais à m’excuser auprès du psychologue chez qui je ne suis jamais allé pour réaliser ces petites introspections qui me font du bien. Non pas que je méprise son travail, mais je n’ai jamais ressenti le besoin d’aller le voir pour l’instant. J'espère qu'il ne m'en tiendra pas rigueur...

Publié dans Mon cancer

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marie 30/04/2006 22:25

si ton blog peut remplacer le psy.. pourquoi te gèner ? ça coute moins cher.. et si c'est aussi efficace.. ça vaut le coup non ?
robisous.

Briesing 30/04/2006 00:54

Je vois que beaucoup de réflexions sont déjà nées de ton texte. Je n'en rajouterai donc pas. Juste te dire que tu as une façon d'écrire très fluide et agréable à lire.

cat 27/04/2006 13:49

hum ton article n'apparait pas ;)
bisous

Zoelie 27/04/2006 09:46

Bonjour Pascal.Tout d'abord, je tiens a te feliciter pour le travail que tu accomplis sur et a travers ce blog, que ce soit le travail sur toi-meme que tu fais avec beaucoup d'honnetete et de pertinence, ou le travail d'information et de partage sur ta maladie et ses differents effets collateraux : les relations entre le malade et les proches que tu decris m'ont beaucoup touchee, parce que ca a rappelle a moi quelques souvenirs ... En tout cas, ton blog, quand on commence, on ne peut le lacher (si ca peut t'encourager a continuer).Je dois te dire aussi que j'ai ete tres emue d'apprendre toutes ces nouvelles, vu que j'ai deserte le forum (rapport a une vague these a ecrire ;) ), et surtout les parties Cafe et Vos blogs, depuis longtemps, et donc pour moi, Pascal, c'etait le p'tit gars qui faisait de la science a Zurich... Je te souhaite (un peu tard) de continuer a faire preuve de tout le courage que tu nous deja montre ici au cours des mois.Quant a ton spleen, j'aurais bien aussi une sorte de theorie (oui, c'est mal de la psychologie de salon, mais disons que ta situation  me rappelle mes propres experiences, meme si le contexte etait different, donc je vais essayer de te faire partager ce que j'en avais compris a l'epoque... ), qui est un peu un melange des 2 premieres raisons que tu cites : quand quelqu'un decede, en plus de la tristesse associee au fait ne plus avoir cette personne avec soi, il y a clairement une bonne dose de culpabilite irrationnelle (comme tu dis, "pourquoi elle, et pas nous") dans l'injustice "metaphysique" de la mort avant l'age ; dans ton cas, peut-etre qu'inconsciemment, tu combattais cette culpabilite en te disant "certes, je suis en vie et c'est pas juste, mais j'ai mon lot aussi, et je vais peut-etre mourir aussi". Le fait de penser a sa propre mort, voire de la souhaiter inconsciemment (c'est-a-dire pas reellement, tout comme tu ne veux pas vraiment tuer ton pere et epouser ta mere a 4ans..) quand on perd quelqu'un, c'est pas de l'ordre du desir suicidaire, mais un effet de l'injustice qu'on ressent lors d'un deces "anormal", une envie de la contre-balancer, de retablir un ordre des choses (tout aussi caduc, bien sur, mais plus gerable pour notre petit inconscient). Bref, peut-etre que le fait de te sentir dans le camp de ceux qui n'ont pas de chance pouvait te rendre plus serein face a cette culpabilite du survivant. Et puis la, tu te dis que tu passes dans le camp de ceux qui ont de la chance, que tout va bien se passer, mieux que prevu, ...etc, c'est super positif et tout, et paf, la culpabilite peut revenir brusquement faire son travail de sape.Pareil pour ta motivation blogesque : n'oublie pas que c'est pas parce que ca va mieux au niveau de la maladie que tu n'es plus legitime pour nous parler de ta souffrance !Enfin, voila, si ca se trouve, tu vas lire tout ca et trouver que c'est n'importe quoi, mais peut-etre aussi que ca tombera juste (je ne pretends a rien) et que ca t'aidera un tout petit peu ...(Tu noteras que je n'ai rien conclu quant au moyen de se debarrasser la culpabilite de survivre, d'en avoir rechappe... personnellement, j'ai pas vraiment trouve, mais le temps adoucit tout)Pour finir ce long laius (pleonasme, non ?), je te souhaite de garder malgre tout cette peche qui te caracterise, je te souhaite tout le bonheur du monde avec ta dulcinee (ca a l'air bien parti) et, allez soyons un peu futile, je te souhaite aussi bonne chance pour tes recherches a ton boulot v(^_^)Bises.Zoelie.

Maxime 27/04/2006 09:32

Bonjour Pascal ,
Ayant moi même perdu un enfant il y a quelques années dans un accident de la route, je devine aisément le chagrin que tu as ressenti en voyant ta mère " vivre " à nouveau et te parler sur une vidéo. Je reconnais que c'est assez récent pour toi et que ton travail de deuil n'est pas fini mais ça fait tout de même toujours quelque chose de revoir une vidéo d'un être cher qui a disparu, même plusieurs années après.
Excellente journée ,
Maxime