Calme-toi...

Publié le par Pascal

Durant ces derniers mois, j’ai senti l’importance d’avoir au cours de la journée un moment de calme, seul, sans aucun dérangement venant de l’extérieur. J’ai d’ailleurs pris cette habitude de me réserver 20 minutes chaque midi après le repas pour m’enfermer dans ma chambre, m’allonger, et ne rien faire. Calme ne voulant pas nécessairement dire silence, j’ai souvent un peu de musique douce qui m’aide à créer une bulle m’isolant de tout soucis extérieur.

J’ai pris cette habitude lors de mes chimios. J’avais déjà parlé des rituels que j’effectuais en entrant dans ma chambre d’hôpital : les chaussons placés toujours au même endroit, un peu de parfum ou eau de toilette sur l’oreiller, etc. Après ce rituel, je fermais ma chambre, sachant que ma docteur préférée ou l’infirmière devant me piquer ne viendrait pas avant quelques minutes. Au pire, je demandais qu’on me laisse quelques minutes seul. Puis je m’allongeais, lançais mon MP3, au volume minimum. C’était une sorte de conditionnement pour la suite, une manière de me calmer par rapport à la révolte qui m’habitait à chaque fois que je passais les grilles de l’hosto (cette révolte qui poussait parfois à ressortir de l’hôpital, à crier un bon coup, le bon cri primal de Bigard, et à rentrer).

Après avoir installé ma musique, m’être bien calé sur le lit, je me concentrais sur ma respiration, essayant de la sentir. Sentir l’air entrant dans la gorge, traversant la trachée, arrivant dans les poumons. Par ce petit exercice, j’oubliais pour quelques instants pourquoi j’étais là.

Bien sûr, j’ai eu la chance d’être traité aux petits oignons et d’avoir ainsi presque toujours ma propre chambre. Pas de dialogue plat et sans intérêt à tenir, le vomi au bord des lèvres, avec quelqu’un de trois fois mon âge que je ne reverrais plus. Oui, je sais, je peux paraître un peu cru, mais je n’avais vraiment aucune envie de discuter, alors que je ne me sentais vraiment pas bien, avec quelqu’un se faisant transfuser du sang pour une autre pathologie et trouvant le temps un peu trop long. « Vous faites quoi dans la vie, ça fait longtemps que vous êtes en traitement, vous l’aime bien le docteur X, etc. » Donc, disais-je, je bénéficiais du luxe d’une chambre pour moi seul, ce qui facilitait ce moment de recueillement. Il m’arrivait aussi de simplement lire un passage d’un livre qui m’apaisait, un passage de la Bible que je trouvais beau par exemple, ou de l’un de mes romans préférés. Enfin quoi que ce soit qui pouvait me calmer.

Il me semble, d’après mon ressenti, qu’un malade du cancer est toujours un peu sur le fil du rasoir, balançant entre deux attitudes : d’un côté une attitude posée, tranquille, de l’autre le bon gros pétage de plomb, la panique, celle qui pourrait vous faire faire baisser les bras, celle qui pourrait même vous faire arracher la perfusion, celle peut-être à cause de laquelle on ne peut ouvrir les fenêtre de la chambred'hôpital de plus de quelques centimètres… Pour cela, ces moments de calme (heu volupté faut pas pousser ! on est tout de même dans un hosto !) sont important…

Maintenant on ferme la porte, on s'allonge, et on se calme...

 

Publié dans Maladie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Joëlle 31/08/2006 21:26

Bisous Pascal, tiens bon, tu as du cran et il en faut avec cette maladie. Le fait d'en parler librement, c'est déjà un grand pas. Je suis en pensées avec tous les malades, et vous embrasse tous.
Bisous très sincères.
Joëlle

Sieglind la dragonne 31/08/2006 18:01

Hé, hé! Je pensais trouver une partita de... Jean Sébastien... ou une suite pour violoncelle;... bon j'arrête!Tu as raison en tout cas en ce qui concerne la musique (je n'ose même pas imaginer un environnement sans ça chez moi!)J'avais une technique quand je faisais des crises d'angoisse môme: me faire une histoire (images dans la tête évidemment) sur de la musique (à l'époque ce n'était que classique évidemment hé, hé)La bulle de solitude et de calme est nécessaire, j'ai instauré ça aussi, et l'avantage, c'est qu'étant à la maison;.. j'ai tout mon temps pour la faire... je sais... j'ai du bol par rapport à ceux qui bossent.Bises Pascal et bonne fin de semaine.

Pascal 01/09/2006 10:57

Je suis pour l'éclectisme (aurtografe...) Je peux très bien enchainer une suite du géni Bach et une chanson douce de U2...

sylvietamine 31/08/2006 11:58

Lorsque j arrivais a l hopital je n avais qu une  idée en tete leur montrer  que j allais bien que j avais la peche ..  on m a tellement repeté que le moral etait l atout gagnant ds notre combat .je parlais tres peu des  desagrements  de la derniere seanceen fait sur les 6 seances . j ai vomis tres peu (j ai meme pas  maigris au contraire  snif sniff)la personne a  coté de moi avait du tranxene ds sa chimio  et ca j en voulais pas j'avais la hantise  qu on m en mette d'office si l equipe me sentait angoissée.. j ai eu plusieurs fois le meme personne a  coté de moi... une dame qui parlait mal le francais a chaque fois j ai du lui expliquer des trucs sur  notre maladiece  role m a donné  la peche   , j avais la chance  par rapport a elle  de bien comprendre ce qui nous arrivait .. et c 'est une chance..une force de plus .. LA derniere seance j ai meme fait du karaoké ds la chambre  avec mon pc portable..  on a bien rigolé ..bien sur au fond de moi il y a les angoisses ..  le futur traitement a l herceptine dont je sais pas  la fin ..  le retour a l hopital tte  les 3 semaines  encore et encore ..certains jours cela noircit toute mes pensées... le fil du rasoir oui  c ca ..et puis la vie continue  mes passions me retiennent  du coté des envies..et  les  peurs s'estompent ....QD je te lis  j ai moi aussi  envie de raconter ...desolée  si je m etale ..

Pascal 01/09/2006 10:56

Je crois que j'ai eu du trungsene, mais je ne sais pas trop à quoi ca servait...

radada 31/08/2006 11:04

j'ai souvent besoin de m'aerer, de m'evader, quand je le peux je me colle contre le plus gros des abres de la foret du coin, sinon je me coule un bain dans lequelle je "mijote" jusqu'à ce que ma peau ressemble a celle d'une pomme à la fin de l'hiver.....
un peu de calme dans ce monde...

Pascal 01/09/2006 10:55

J'aime bien la technique collage à l'arbre!

Armoni 31/08/2006 03:37

Relax ton post Pascalou, tes mots transmettent le "calme"... je vais pouvoir continuer ma nuit (de garde) plus sereinement, pour cela merci ! -et tu décris très bien la préparation avant un acte médical qui n'a pas besion d'être  médicamenteuse pour les personnes avec un mental tel que le tien : quelle force tu as en toi, encore bravo ! Bisous et bonne continuation. Armoni.

Pascal 31/08/2006 08:52

J'ai eu des médicaments jusqu'à 4 chimios de la fin, de l'atarax. D'une part à cause des réactions allergiques, mais aussi comme anxiolytique (aurtografe...). Ca me mettait dans un paté extraordinaire, à tel point que je devais vrimaent faire un effort pour aligner trois mots face aux médecin ou aux inf. Quand on l'a arrêté, je me suis senti beaucoup mieux.